Les porte-voix

VambaGigi parmi les insectes, traduit et adapté de l’italien par la Comtesse De Gencé, Paris, Albin Michel, 1922, pp. 130-131.

L’embarcation sur laquelle notre héros voyageait avait la forme gracieuse d’un canot. Mais tandis qu’il était transporté rapidement sur la surface du lac, il voyait passer aux environs, sur l’eau, d’autres barques de formes diverses et très curieuses, qui apparaissaient et disparaissaient mystérieusement, sans qu’aucun indice révélât la force cachée qui les poussait.

-Mais il y a une vraie flotte sur ce lac ! pensa Gigino.
Et, un instant, oubliant le but sacré qu’il voulait atteindre et reprenant ses visées ambitieuses de grandeur, il caressa complaisamment le rêve de devenir un amiral redoutable ; il imagina sur-le-champ une quantité infinie de combats navals, au cours desquels il faisait naturellement couler les bâtiments ennemis.
Avec cette magnifique idée dans l’esprit, il se mit à se promener de long en large sur la barque, comme un vieux loup de mer, jusqu’à ce que, ayant aperçu à un certain endroit du bateau, une infinité de tuyaux disposés tout près les uns des autres, il s’arrêta en disant. :
-J’ai compris. Ce sont les porte-voix.
Et approchant sa tête, il vit que les petits tuyaux étaient ouverts :
-Machinistes, s’écria-t-il, chauffeurs, attention !…
Une vois répondit :
-Eh ! Qui est là ?…
-c’est moi l’amiral Giondolino. Tout le monde sur le pont !..
Il y eut un moment de silence. Puis, la voix mystérieuse reprit :
-Sur le pont !… Mais quoi ? Mieux vaut rentrer.
Immédiatement les deux longues rames se détendirent, donnèrent un coup terrible, et le bateau, après avoir fait un mouvement comme pour se redresser sur l’eau, piqua une tête dans le lac, entrainant Gigino, qui eut à peine le temps de penser.
-Ah !… c’est un sous-marin !
Il s’était cramponné désespérément aux tuyaux qui lui avaient si mal servi comme porte-bois. Mais il ne tarda pas à comprendre que le voyage sous-marin lui serait fatal s’il restait attaché au bateau, et qu’il aurait le temps de se noyer une dizaine de fois !